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Les pouvoirs publics n'ont pas fait de publicité sur cet événement pourtant historique : le monopole d'EDF sur l'électricité des 33 millions de ménages vivant en France s'achèvera lundi. Du moins en théorie. Le 1er juillet, chacun pourra court-circuiter EDF et choisir librement son fournisseur d'électricité et de gaz, en France ou dans l'UE. Malgré réticences et résistances du duo Chirac-Jospin lors du sommet de Barcelone en 2002, la directive de 1996 sur la libéralisation de l'énergie s'appliquera chez les 27 adhérents. Jusqu'à présent, elle était en vigueur dans neuf pays. En France, seules les entreprises ont le choix de l'opérateur, depuis 2000 pour les plus grosses, 2004 pour les PME. Au nom de la liberté de circulation de l'énergie, l'Union estime que les consommateurs doivent être en mesure de choisir le meilleur service, de comparer les prix.
Faut-il se ruer sur les offres promotionnelles, faire jouer la concurrence comme à l'époque où le monopole de France Telecom est tombé ? La situation n'est pas comparable avec celle de la téléphonie ou de la télévision. L'électricité est une marchandise, pas un service. Sa production coûte cher ; elle a besoin de lignes à très haute-tension pour circuler, elle n'est stockable ni par ses producteurs ni par ses consommateurs. Le fournisseur doit donc garantir le service, de la « centrale » de production au compteur.
Or pour cela et pour maintenir des tarifs compétitifs, EDF dispose de l'arme absolue : le nucléaire. Au point que les concurrents sont obligés de lui acheter de l'électricité pour garantir l'approvisionnement ! Direct Electricité a même porté plainte contre EDF, l'accusant de pratiquer des tarifs de gros trop élevés. Du coup, les tarifs régulés dont bénéficient les Français restent sans équivalent en Europe. De 2001 à 2006, ils ont augmenté de 11 % quand les Danois éclairés à l'éolienne voyaient la facture enfler de 92 %, les Espagnols de 39 %, les Britanniques, avec un marché privatisé, de 81 %.
On comprend mieux l'inertie des pouvoirs publics à célébrer cette concurrence. Hier, dans une Bourse hésitante, l'action EDF a pulvérisé ses records (79€) et se hisse au sommet du CAC 40 devant Total. Les marchés ont déjà choisi leur fournisseur. |